CAJÓN : Tambour xylophonique de la famille des idiophones. C’est un parallélépipède en bois avec un orifice permettant la sortie du son dans la partie postérieure. Les premiers habitants originaires d’Afrique sont arrivés en Amérique –ils ont été ramenés dirais-je- avec peu de choses. On leur a tout enlevé, même les tambours, un de leurs éléments essentiels d’expression. Le chercheur Fernando Ortiz définit le tambour, dans le sens large du mot, comme « un instrument à percussion dont la sonorité est obtenue en frappant directement et extérieurement sur le corps vide et résonnant, que ce soit sur un endroit quelconque de la boîte où sur une partie spécialement faite pour cela. » « D’après cette signification organologique du tambour, c’est-à-dire un instrument à percuter dans la partie extérieure de sa caisse résonnante; les tambours en bois ou xylophones et même une sorte d’idiophone à percuter se trouveraient dans la catégorie des tambours. Nous disons alors xylophoniques ou xylophones en tenant compte des racines grecques du mot, dans un sens large et propre, et non pas dans le sens incorrect et limité de l’instrument marimba, lequel est appelé en Europe xylophone par antonomase, car il est réellement un instrument sonore en bois. Ainsi, de tels instruments peuvent être appelés xylophones, si l’on se tient de façon exacte et rigoureuse à l’étymologie du mot et au sens large ». Les anciens habitants afro-américains ont trouvé le moyen de se procurer des nouveaux instruments à percussion, quelques uns ont imité les instruments africains, d’autres ont créé des nouveaux instruments déjà américains. Les caisses sont sûrement apparues à cause de l’interdiction de jouer les tambours, entre autres, et les autorités ne se sont pas vraiment inquiétées car elles pensaient que ces caisses n’étaient pas de tambours mais des « instruments artisanaux », des substituts parce qu’elles n’avaient pas de la peau animale. Quelque chose de semblable a pu se passer avec quelques voyageurs et peintres qui ont repris les expressions populaires de l’époque. Définitivement personne n’a pensé que ces caisses allaient évoluer de la façon dont elles l’ont fait. Ces caisses entièrement rustiques, faites à l’origine pour le transport de marchandise ou de produits, ont peu à peu commencé à être utilisées pour l’accompagnement rythmique de quelques chansons et de quelques danses. On a alors commencé à appeler ces caisses « cajones » et « cajas ». Dû à son origine humble et familiale, il est très difficile de préciser l’endroit et la date exacts de la naissance du cajón en tant qu’instrument musical. Il est fort probable que le cajón ait été utilisé en tant que tel par la population d’origine Afro dans plusieurs endroits d’Amérique bien avant la date marquée par les voyageurs et les observateurs. Au début, le cajón n’était pas considéré comme un instrument musical car il revenait toujours à ses fonctions d’origine, à savoir le transport de marchandise et de produits. Il n’y a donc pas de données précises concernant l’apparition du cajón avant la moitié du XIX siècle. Bien qu’il n’existe aucune piste indiquant que le Pérou soit bien le pays d’origine du cajón, on retrouve les témoignages les plus anciens à Lima. Il a été dit que le cajón est un instrument venu des autres pays, apparemment cela n’est pas vrai. On suppose que le cajón existe au Pérou depuis le XVII siècle mais nous n’avons pu trouver aucun document qui fasse preuve. Tout semble indiquer que le cajón a fait son apparition dans le XIX siècle. L’histoire et parcours du cajón du Pérou « déjà converti » en instrument musical sont extrêmement liées à la zamacueca, car il a été exporté dans d’autres pays d’Amérique en l’accompagnant musicalement. Atanasio Fuentes, grand intellectuel de la ville de Lima des années 1800, a publié autour du 1867 « Nous avons dit que la danse d’Amancaes était la zamacueca ; l’orchestre pour cette danse est composé de harpe et de guitare, et à ces instruments on ajoute une espèce de tambour fait en général d’une caisse dont les lattes sont décloués pour permettre une frappe plus sonore. Cet instrument est joué avec les mains ou deux baguettes, et il est difficile de s’imaginer la virtuosité et l’oreille qu’a le musicien noir qui joue du cajón pour suivre le rythme de la musique et animer les danseurs. Comme le cajón est l’âme de l’orchestre, le peuple a appelé la zamacueca « polca de cajón ». Ce paragraphe nous indique clairement que l’on avait accordé au cajón un rôle principal; il le situe dans un premier plan à l’intérieur du groupe d’instruments qui accompagnait musicalement la zamacueca à partir de la moitié du XIX siècle. La zamacueca est devenue populaire dans plusieurs pays d’Amérique du Sud, elle a même été chantée et dansée au Mexique et en Californie pendant la Fièvre de l’Or. A Lima, en 1870, le musicien Claudio Rebagliati, dans une note explicative jointe à ses partitions, a donné de l’information sur l’accompagnement de la zamacueca à base de guitare, harpe et cajón. En 1879 est apparu la Marinera, devenue plus tard la Danse Nationale du Pérou, qui est une version de l’ancienne zamacueca avec quelques changements chorégraphiques et dans sa structure musicale. Elle est néanmoins toujours accompagnée aux guitares et au cajón. La photo la plus vieille où l’on trouve un cajón représenté date du XIX siècle. En 1895, des membres du groupe appelé « La Palizada » se sont réunis au Jardin de l’Exposition à Lima avec des hommes de toutes âges, des bohèmes, des criollos qui connaissaient très bien les jaranas liméniennes. Ils ont alors improvisé quelques chansons avec guitare et cajón. A cette époque, cet instrument musical était fait avec les caisses de whisky et de fruits ainsi qu’avec les boîtes d’huile et de graisse; mais les caisses qui n’étaient jamais laissées de côté à cause de leurs fortes résonances, étaient celles utilisées pour transporter du kérosène utilisé dans l’éclairage à l’époque. Pendant des années, le cajón a accompagné les grandes fêtes en tambourinant dans les marineras. Jusqu’au XX siècle, vers la fin des années 40, quand le cajón commence à flirter avec le « vals criollo » ou valse péruvienne. Même si beaucoup de musiciens s’opposèrent à cette union elle se fera finalement: le cajón et la valse s’uniront presque vingt ans plus tard. Redécouvrir la musique afro-péruvienne vers la fin des années 50, est toutefois ce qui permet au cajón de s’élever au rang de maître et seigneur du rythme dans la musique de la côte péruvienne. Dans les années 60, Victoria Santa Cruz Gamarra a créé des numéros de danse pour être accompagné au cajón seulement, et a renforcé et relancé la popularité de cet instrument premièrement avec son groupe Teatro y Danzas Negras del Perú (Théâtre et Danses Noirs du Pérou) et ensuite avec le Conjunto Nacional de Folklore (Groupe National de Folklore). Le groupe Perú Negro (Pérou Noir) diffuse le cajón à l’étranger avec ses présentations dans lesquelles des numéros musicaux exclusivement faits pour le cajón ressortent. Lors de cette période, le cajón est resté définitivement associé à la valse péruvienne, et il est donc difficile de préciser qui a fait le premier enregistrement d’une valse accompagnée par un cajón, quoiqu’il est possible que ce soit Carlos Hayre pour une production de la chanteuse Alicia Maguiña. Aujourd’hui au Pérou, le cajón est pratiquement présent dans tous les styles de racines afro (lundero, landó, festejo, alcatraz, toromata, panalivio, ingá, etc.), et aussi comme accompagnateur de la valse péruvienne, la polka criolla, le one step, le pasodoble, le tondero et la marinera. De même, le cajón est adopté par les habitants d’origine andine de la côte, qui commencent à l’utiliser pour réinventer quelques styles « traditionnels » et créer des nouvelles expressions de la musique populaire de la ville. Le cajón flirte après avec le rock et de là, passe par la musique fusion, la World Music et la musique ethnique, entre autres. Le cajón appartient à la famille des instruments idiophones ou auto-résonnants, c’est-à-dire que tout le corps de l’instrument émet des sons. Ceux sont des instruments dont les corps sont durs en bois ou en métal, mais ont assez d’élasticité pour maintenir un mouvement vibratoire. Le cajón est un parallélépipède en bois avec un orifice permettant la sortie du son dans la partie postérieur et que l’on percute généralement dans sa partie antérieure. Il y a peu de temps encore, le cajón était un instrument peu utilisé en dehors du Pérou. Dans notre pays, le cajón est un instrument qui a une place de choix. Sa fonction n’est pas celle d’un instrument d’accompagnement monotone, mais celle d’un instrument principal qui module, accompagne et exécute des solos. Il est impressionnant d’observer la richesse, l’adaptabilité et la fonctionnalité de cet instrument ainsi que les techniques de construction. C’est justement ceci qui a permit au cajón de devenir notre principal instrument à percussion. Dans aucun pays du monde, le cajón n’a pris racine aussi profondément qu’au Pérou. Il est devenu notre principal instrument à percussion par sa richesse et la fréquence d’usage, son adaptabilité, sa fonctionnalité, les techniques de construction, la place qu’il a su gagner parmi les péruviens, et surtout, par le niveau d’excellence atteint par nos musiciens dans la pratique de cet instrument. Le développement du rythme auquel sont arrivés les afro-péruviens et la diffusion du cajón dans la musique de la côte péruvienne et, maintenant, dans le monde entier sont remarquables. De la même façon qu’il existe au Pérou une « histoire officielle » qui exclut pratiquement les afro-péruviens de la vie passé du pays, il existe aussi une position de ne pas reconnaître leurs contributions. En ce qui concerne le cajón, la contribution est claire, de poids et indiscutable. Le cajón est un élément réel et vital de la résistance des afro-péruvians. Cependant, cet instrument a été présent pendant des années et, sauf quelques exceptions, personne n’a jamais rien fait. Ces dernières années, un nouveau mouvement en faveur du cajón est né, et en 2001 cet instrument a été déclaré Patrimoine National par l’Institut National de Culture. Il y a quelques années, nous avons proposé que le cajón soit appelé CAJON AFROPERUANO (Cajon Afro-péruvien) en reconnaissance à la population d’origine afro pour nous avoir légué un aussi bel instrument provenant de la résistance culturelle des descendants des africains. Devant la possibilité d’ôter de « peruanidad » (l’essence d’être péruvien) au mot « péruvien » en mettant devant le préfix « afro », lequel fait seulement une référence à ses origines africaines, nous acceptions que le cajón soit reconnu comme CAJON PERUANO. *Un article qui ressemble à celui-ci, est apparu sous le titre EL CAJON (AFRO) PERUANO –O SOM DA RESISTENCIA dans la revue HISTORIA VIVA – GRANDES TEMAS No 10 publiée en portugais en l’an 2005 |
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Cette page appartient à Rafael Santa Cruz qui est l’auteur du livre et cd-rom « El Cajón Afroperuano » Si vous avez de suggestions, envoyez-les àrafael@cajonperuano.org © 2006 Cajón Peruano. Tous Droits Réservés. Dessin et développement: Andrés Zenteno, www.zenteno.org Hosting et service d’Internet: Virtual Service Peru SAC, www.vsp.com.pe |